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Certains l’appeleront la déprime du retour, la traversée du désert, la réadaptation.

Pour moi, ça a juste été un passage à vide. Depuis le 21 décembre, c’est-à-dire depuis que je suis rentrée de deux ans et demi d’expatriation entre le Canada et le Cambodge.
Pendant ces deux ans et demi, mes sens étaient en alerte tout le temps: au final, j’avais chaque jour de nouvelles choses à découvrir, à voir, à explorer. Mais on ne pense pas au retour. On en parle oui: comme avant de te jeter dans le vide pour un saut à l’élastique, tu penses au moment où tu vas sauter, tu ne penses pas à quand ce sera terminé.

Bah moi, je me suis bien écrasée comme une m****.
C’est dur de rentrer, et de revenir dans un endroit où l’on a tous ses repères, où les sens ne sont plus en alerte, où il n’y a plus rien à découvrir. Je me suis demandée ce que je faisais là, pourquoi j’étais rentrée. Honnêtement, je me le demande encore, trois mois après. Je me suis surprise à pleurer sans même savoir pourquoi, à m’énerver sans savoir pourquoi, à réfléchir dans le vide, à avoir des moments de flottement où tu ne réfléchis plus à rien. Et quand tu reviens à la réalité, et bien c’est pire qu’avant.

En fait, au cours de ces trois mois, on m’a souvent demandé quel était le problème à être rentrée en France. En fait, c’est ça le problème: c’est que je suis rentrée.
Ca me rappelle des souvenirs, certains que je voudrais oublier, et ça me ramène à de bons souvenirs canadiens et cambodgiens que j’aimerais retrouver. En fait, c’est dur à exprimer comme ressenti, car vous pourrez en parler à n’importe quelle personne, elle ne comprendra pas et pensera que ce qui vous soule, c’est d’avoir retrouvé votre entourage. « Ah bah sympa, c’est quand même pas le bagne, t’es pas à la rue, la France c’est cool ». En fait, je suis lassée d’expliquer que non, le problème c’est pas d’avoir retrouvé ma famille, mes potes, la maison. C’est le problème du soufflé raté: au début, quand il est encore dans le four, il est magnifique ton soufflé. Et puis au moment où tu le sors, il s’aplatit en deux secondes. Bah en l’occurrence, je suis un peu la métaphore humaine du soufflé raté. C’est de se dire que c’est fini le problème. T’as l’impression que tout ce que tu as vécu, ce n’était qu’un rêve, une parenthèse.

C’est dur de refermer ce chapitre de ma vie. Et quand personne ne comprend, ou n’essaye de comprendre ton point de vue, ça ne rend pas la tâche plus facile. Je ne sais pas ce que je dois faire en fait, je ne sais même pas ce que je fous là à vrai dire. Je pense que j’ai besoin de temps pour procéder la chose, sauf qu’ici le temps on n’en laisse pas.
Tout va vite, trop vite, et j’ai peur d’oublier.

Je ne sais pas ce qui est le pire dans l’expatriation: qu’on ne comprenne pas votre besoin et votre envie de partir, ou de ne pas avoir le temps de comprendre qu’on est de retour.

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